# Quand le champagne rencontre l’art
Le champagne incarne depuis toujours bien plus qu’une simple boisson pétillante. Cette élixir prestigieux représente un véritable art de vivre, une quête d’excellence qui transcende les frontières du vin pour rejoindre les sphères de la création artistique. Depuis le XIXe siècle, les grandes maisons champenoises ont compris l’importance d’associer leur savoir-faire viticole à des démarches artistiques audacieuses. Cette union entre bulles dorées et créativité visuelle ne cesse de se renforcer, donnant naissance à des collaborations spectaculaires qui transforment chaque bouteille en objet de désir autant qu’en œuvre d’art. Des caves souterraines de Reims aux ateliers des plus grands artistes contemporains, l’univers du champagne s’enrichit constamment de nouvelles expressions créatives qui célèbrent le raffinement, l’innovation et l’émotion partagée.
L’histoire des collaborations artistiques dans les maisons de champagne champenoises
L’alliance entre champagne et art remonte à plusieurs siècles, lorsque les premières maisons prestigieuses ont compris que leur produit d’exception méritait un écrin à la hauteur de sa qualité. Cette tradition s’est perpétuée et amplifiée au fil des décennies, chaque génération apportant sa propre vision de ce mariage entre tradition viticole et innovation artistique. Les affiches publicitaires du XIXe siècle, signées par des artistes comme Henri de Toulouse-Lautrec ou Alphonse Mucha, constituent les premières manifestations tangibles de cette volonté d’associer l’image du champagne à la création artistique de haut niveau.
Au XXe siècle, cette démarche s’est institutionnalisée avec l’émergence de programmes de mécénat structurés et de collaborations durables entre maisons et artistes. Aujourd’hui, pratiquement toutes les grandes marques champenoises entretiennent des relations privilégiées avec le monde de l’art contemporain, transformant leurs caves en galeries d’exposition et leurs bouteilles en supports créatifs. Cette évolution témoigne d’une compréhension profonde de l’importance de l’expérience globale offerte au consommateur, où la dégustation ne représente qu’une facette d’un univers sensoriel et émotionnel beaucoup plus vaste.
Dom pérignon et les éditions limitées signées par jeff koons et david lynch
La maison Dom Pérignon s’est distinguée par ses collaborations avec des artistes mondialement reconnus, créant des éditions limitées qui sont devenues de véritables objets de collection. En 2013, la collaboration avec Jeff Koons a marqué un tournant spectaculaire, l’artiste américain transformant la bouteille iconique en une sculpture pop art éclatante. Cette édition limitée présentait des ballons colorés emblématiques de l’univers de Koons, appliqués sur le verre avec une précision technique remarquable. Le travail avec David Lynch, quelques années plus tard, a exploré des territoires plus mystérieux et oniriques, reflétant l’univers cinématographique du réalisateur américain.
Ces collaborations ne se limitent pas à un simple habillage de bouteille. Elles impliquent une véritable réflexion sur l’identité de la marque, sur les valeurs qu’elle incarne et sur la manière dont l’artiste peut les interpréter à travers son prisme créatif. Chaque édition limitée devient ainsi une conversation visuelle entre la tradition champenoise et la vision contemporaine de l’artiste, créant une tension créative qui enrichit la perception du produit. Ces bouteilles sont souvent vendues à des prix très élevés lors de ventes aux enchères
et deviennent rapidement introuvables sur le marché traditionnel, recherchées autant par les amateurs de champagne que par les collectionneurs d’art contemporain. Ces objets hybrides, à mi-chemin entre flacon de dégustation et pièce de musée, illustrent parfaitement la manière dont une maison de champagne peut dialoguer avec la création pour enrichir son patrimoine immatériel.
Ruinart et le mécénat artistique depuis 1896 avec les carte blanche
Si l’on parle d’ancienneté du mécénat artistique en Champagne, la maison Ruinart occupe une place à part. Dès 1896, elle confie à l’affichiste Alphonse Mucha la réalisation d’une affiche qui deviendra iconique, véritable manifeste de l’Art nouveau au service d’un vin de prestige. Cette première collaboration marque le point de départ d’une longue tradition de commandes artistiques, où le champagne devient un véritable catalyseur de créativité. Plus récemment, le programme Carte Blanche de Ruinart invite chaque année un artiste contemporain à interpréter l’univers de la maison à travers une création originale.
Ces projets vont bien au-delà de la simple étiquette d’artiste. Les photographes Erwin Olaf, Liu Bolin ou encore Vik Muniz ont ainsi proposé des installations, des séries photographiques ou des œuvres immersives qui explorent le lien entre lumière, craie, vignoble et architecture champenoise. Présentées lors de grands rendez-vous internationaux comme la foire d’art contemporain de Bâle ou la Paris Photo, ces Cartes Blanches Ruinart contribuent à positionner la marque comme un acteur culturel à part entière. Pour le visiteur comme pour l’amateur de vin, la dégustation se double d’une expérience esthétique, presque muséale, qui renforce l’aura de la maison.
Veuve clicquot et les collections la grande dame illustrées par yayoi kusama
La maison Veuve Clicquot, en écho à l’audace de la célèbre veuve Barbe-Nicole Ponsardin, a toujours cultivé une image avant-gardiste. Avec sa cuvée de prestige La Grande Dame, elle a trouvé un terrain d’expression privilégié pour des collaborations artistiques d’envergure. L’une des plus marquantes de ces dernières années est sans doute celle réalisée avec Yayoi Kusama, grande figure de l’art contemporain japonais, reconnue pour ses pois colorés et ses univers hypnotiques. L’artiste a imaginé en 2020 une bouteille et un coffret sculptural où les motifs organiques viennent envelopper l’emblématique étiquette jaune.
Cette édition limitée de La Grande Dame par Yayoi Kusama ne se contente pas d’embellir le flacon : elle raconte une histoire de résilience, de persévérance et de vision féminine partagée entre l’artiste et la fondatrice de la maison. Le coffret, presque comme une petite sculpture florale, transforme l’objet en pièce de design que l’on expose autant qu’on la débouche. À travers ce type de collaboration, Veuve Clicquot souligne combien le champagne peut devenir un support d’expression pour des artistes majeurs, tout en renforçant l’image d’une maison qui assume pleinement sa modernité et sa sensibilité artistique.
Perrier-jouët et la collaboration historique avec émile gallé en art nouveau
Longtemps avant l’engouement actuel pour les éditions limitées d’artistes, Perrier-Jouët avait déjà compris l’importance de l’esthétique pour sublimer le champagne. Au début du XXe siècle, la maison confie à Émile Gallé, maître verrier et figure de proue de l’Art nouveau, la création d’un décor floral destiné à orner ses bouteilles. Naît alors le célèbre motif d’anémones blanches, délicatement peintes à l’or et à l’émail, qui deviendra la signature visuelle de la cuvée Belle Époque. Cette alliance entre un grand nom de l’art décoratif et une maison de champagne préfigure toutes les collaborations de luxe que nous connaissons aujourd’hui.
Plus d’un siècle plus tard, le dessin d’Émile Gallé continue d’habiller les flacons de prestige de Perrier-Jouët, rappelant à chaque service l’héritage raffiné de la maison. On peut y voir l’ancêtre direct des collaborations contemporaines, où le flacon devient un véritable objet d’art total, combinant design, artisanat du verre et excellence œnologique. Pour l’amateur, servir une Belle Époque, c’est un peu comme accrocher un tableau d’Art nouveau dans son salon : l’œil est immédiatement séduit, avant même que le palais ne soit conquis.
Les techniques d’habillage et de sérigraphie sur bouteilles de champagne
Derrière la magie visuelle des bouteilles de champagne artistiques se cache tout un univers de techniques sophistiquées. Gravure, sérigraphie, dorure, embossage : chaque maison dispose aujourd’hui d’un véritable arsenal de procédés pour transformer un simple flacon en support de création. À l’heure où le consommateur est de plus en plus sensible au design et à l’expérience globale, ces techniques d’habillage jouent un rôle clé dans la différenciation des cuvées et la valorisation du travail des vignerons. Comment passe-t-on d’une bouteille nue à un véritable objet d’art à bulles ?
Comme dans un atelier de haute couture, chaque détail compte. Le choix du verre, l’épaisseur, la forme de la bague, la teinte du verre (du vert antique au transparent cristallin) influencent la manière dont la lumière se reflète et met en valeur les décors. Les innovations récentes, telles que la sérigraphie haute définition ou les encres thermochromiques, permettent désormais d’imaginer des flacons interactifs, qui changent de couleur au frais ou révèlent des motifs cachés. Le champagne ne se contente plus d’être bon : il se met en scène, s’anime et raconte une histoire dès le premier regard.
Le processus de gravure au sable et la personnalisation des flacons en cristal
Parmi les techniques les plus spectaculaires, la gravure au sable – ou sandblasting – occupe une place de choix pour la personnalisation de bouteilles de champagne en cristal ou en verre haut de gamme. Le principe est simple en théorie, mais d’une grande finesse en pratique : un jet de sable à haute pression vient matifier ou creuser la surface du verre à travers un pochoir, dessinant ainsi textes, logos ou motifs floraux. Comme un sculpteur taillant la pierre, l’artisan graveur révèle peu à peu le décor, millimètre par millimètre.
Cette technique est particulièrement prisée pour les éditions ultra limitées, les cadeaux d’entreprise ou les cuvées de célébration (anniversaires, mariages, grandes inaugurations). Elle permet une personnalisation très fine, allant du simple nom jusqu’à de véritables compositions graphiques. Certaines maisons de champagne champenoises collaborent avec des cristalleries réputées pour proposer des coffrets où bouteille et flûtes gravées forment un ensemble cohérent. Le résultat ? Un flacon que l’on garde bien souvent comme souvenir, même une fois vidé, à la manière d’un vase ou d’un objet décoratif signé.
L’impression à chaud et les dorures métalliques sur verre champenois
Pour donner au champagne cet aspect précieux et luxueux qui fait rêver dans le monde entier, l’impression à chaud et les dorures métalliques jouent un rôle central. À l’aide de clichés chauffés et de films spécifiques, les ateliers d’habillage déposent sur le verre ou sur l’étiquette de fines couches de pigments métallisés : or, argent, cuivre, voire des nuances plus audacieuses comme le rose gold ou l’anthracite. Le procédé rappelle en quelque sorte la dorure sur tranche d’un beau livre relié : discret, mais immédiatement évocateur de raffinement.
Sur le verre champenois, ces dorures peuvent prendre la forme de filets, de monogrammes ou de blasons qui soulignent la silhouette élégante du flacon. Les techniques récentes permettent même d’obtenir des effets de relief, d’hologramme ou de textures subtiles au toucher. Cette combinaison d’impression à chaud et de vernis sélectifs ouvre de nouvelles possibilités narratives pour les maisons : un simple ruban doré peut évoquer une ceinture aristocratique, un soleil stylisé ou une constellation de bulles. Le champagne se lit alors comme une partition graphique, où chaque détail renforce la promesse d’une expérience d’exception.
Les étiquettes d’artistes et la lithographie offset haute définition
Si la bouteille est un support de choix, l’étiquette reste la première carte de visite d’une cuvée. Pour les collaborations artistiques, les maisons champenoises recourent très souvent à la lithographie offset haute définition, qui garantit une restitution fidèle des couleurs, des dégradés et des nuances voulues par l’artiste. Cette technique consiste à transférer l’encre d’une plaque sur un cylindre intermédiaire, puis sur le papier, permettant d’obtenir une qualité d’impression proche de l’œuvre originale. Comme pour un tirage d’art en série limitée, chaque détail compte : grain du papier, matité, embossage, vernis sélectif.
Les étiquettes d’artistes sont ainsi devenues un terrain de jeu privilégié pour les designers, illustrateurs et plasticiens. Certaines maisons éditent de véritables collections, numérotées et parfois signées, que les amateurs s’arrachent. D’autres vont plus loin en proposant des coffrets où plusieurs étiquettes différentes accompagnent une même cuvée, invitant l’acheteur à choisir celle qui correspond à son humeur ou à l’événement célébré. On se rapproche alors du monde de l’estampe : un même vin, mais autant de façons de l’« encadrer » visuellement. Pour vous, collectionneur ou simple curieux, ces séries limitées sont l’occasion d’entrer dans l’univers d’un artiste à travers un geste simple et convivial : ouvrir une bouteille.
Le design des coffrets et écrins comme œuvres d’art contemporain
Si le flacon concentre l’attention, le coffret qui le protège n’est plus aujourd’hui un simple emballage. Dans l’univers du champagne, les maisons rivalisent de créativité pour faire des coffrets et écrins de véritables pièces de design contemporain. Bois laqué, métal poli, résine translucide, cuir ou même béton : les matériaux se diversifient pour créer des objets que l’on aura plaisir à conserver, à exposer ou à réutiliser. Un peu comme une boîte à bijoux, le coffret de champagne devient un écrin qui raconte une histoire, prolongeant l’expérience bien au-delà de la dégustation.
Cette évolution répond à un double enjeu : différencier les cuvées de prestige dans un marché concurrentiel, et offrir une valeur perçue élevée à des clients de plus en plus sensibles au design et à la durabilité. Certains coffrets sont conçus pour être réutilisés comme seau à glace, lampe d’ambiance ou élément de décoration, intégrant dès le départ une dimension écoresponsable. Mais comment ces objets, à la croisée du packaging de luxe et de l’art appliqué, sont-ils imaginés et réalisés ?
Les box collectors moët & chandon par marc newson et virgil abloh
Moët & Chandon, maison emblématique de l’avenue de Champagne, a compris très tôt l’intérêt de s’associer à des designers influents pour créer des box collectors devenues cultes. Le designer industriel Marc Newson, connu pour ses lignes épurées et ses formes futuristes, a ainsi imaginé pour la maison des coffrets aux silhouettes organiques, parfois isothermes, qui protègent le flacon tout en évoquant un objet venu du futur. Les courbes douces, les couleurs franches et les finitions impeccables ont immédiatement séduit les amateurs de design comme les fans de champagne.
Plus récemment, la collaboration avec Virgil Abloh, directeur artistique de Louis Vuitton et figure majeure du streetwear de luxe, a marqué une nouvelle étape. Le créateur a revisité le code emblématique de Moët & Chandon avec des coffrets minimalistes, typographiques, jouant sur la transparence et la répétition de mots-clés. Pensés comme de véritables objets de collection, ces box en édition limitée ont rencontré un succès fulgurant, illustrant la convergence entre culture urbaine, design et art de vivre champenois. Pour les maisons, travailler avec de tels créateurs, c’est un peu comme inviter un chef d’orchestre à réinterpréter une partition classique : le champagne reste le même, mais la mise en scène change radicalement.
L’architecture des coffrets krug et la collaboration avec studio appetito
La maison Krug, réputée pour son approche presque musicale du champagne, aborde le design de ses coffrets avec une rigueur d’architecte. Chaque écrin est pensé comme une petite construction, jouant sur les volumes, les angles et les textures pour créer un rapport tactile particulier. La collaboration avec Studio Appetito, collectif créatif qui explore les liens entre gastronomie, design et scénographie, a permis de pousser encore plus loin cette dimension architecturale. Ensemble, ils ont imaginé des coffrets qui s’ouvrent comme des livres, se déploient comme des théâtres miniatures ou se transforment en supports de service.
Dans ces créations, rien n’est laissé au hasard : le son du coffret qui s’ouvre, la résistance de la charnière, le contraste entre un extérieur brut et un intérieur velouté contribuent à l’émotion ressentie par l’amateur. On est loin de la simple boîte cartonnée : il s’agit plutôt d’une expérience scénarisée, où l’on découvre le champagne comme on dévoile une œuvre derrière un rideau de velours. Pour les collectionneurs, ces coffrets Krug signés Studio Appetito deviennent des objets que l’on conserve précieusement, parfois même indépendamment des bouteilles qu’ils ont abritées.
Les matériaux nobles utilisés dans les écrins armand de brignac
Armand de Brignac, maison connue pour ses bouteilles métalliques frappées d’un as de pique, a fait du coffret un élément central de son identité visuelle. Ses écrins laqués, souvent noirs ou colorés, rappellent le mobilier de luxe ou les boîtes à musique anciennes. Bois massif, laque miroir, incrustations métalliques, charnières soignées : tout est pensé pour évoquer l’opulence et le raffinement. Ouvrir un coffret Armand de Brignac, c’est un peu comme soulever le couvercle d’un piano à queue : on s’attend à un moment exceptionnel.
Ces matériaux nobles ne répondent pas seulement à une logique esthétique. Ils protègent également le champagne de la lumière et des chocs, assurant une conservation optimale des cuvées de prestige. En intégrant des détails comme des doublures en velours, des poignées métalliques ou des systèmes de fermeture magnétique, la maison transforme l’écrin en véritable objet de luxe à part entière. Pour un cadeau d’exception ou une grande occasion, ce type de coffret marque durablement les esprits, bien après que les dernières bulles se soient échappées de la flûte.
Les installations artistiques éphémères dans les caves et crayères de champagne
Au-delà des bouteilles et des coffrets, le champagne rencontre aussi l’art à travers des installations in situ, au cœur même des caves et des crayères champenoises. Ces galeries souterraines, parfois creusées à plus de 30 mètres de profondeur dans la craie, offrent un cadre spectaculaire pour des expositions temporaires. Température constante, silence, humidité élevée : autant de contraintes techniques qui deviennent des défis créatifs pour les artistes invités. Vous êtes-vous déjà imaginé déambuler au milieu des pupitres de bouteilles, guidé par une œuvre lumineuse ou une installation sonore ?
Plusieurs grandes maisons ont fait de ces espaces des lieux d’expression artistique à part entière. À Reims comme à Épernay, des parcours scénographiés permettent au visiteur de découvrir à la fois l’histoire du champagne et des œuvres contemporaines spécialement conçues pour dialoguer avec l’architecture souterraine. Cette forme de land art souterrain transforme la visite de cave en véritable expérience immersive, où les sens – vue, ouïe, odorat – sont sollicités simultanément. Pour l’œnotourisme champenois, ces projets représentent un atout majeur, attirant un public curieux d’art autant que de vin.
Le street art et les fresques murales sur les façades des maisons de négoce
Alors que les crayères offrent un terrain de jeu souterrain, les façades des maisons de négoce deviennent, elles, des toiles à ciel ouvert. Depuis une dizaine d’années, plusieurs acteurs champenois ont choisi d’inviter le street art et les fresques monumentales à investir leurs murs. Cette démarche peut surprendre dans un univers souvent associé au classicisme, mais elle traduit une volonté claire : montrer que le champagne est un produit vivant, en prise avec son époque, capable de dialoguer avec les codes visuels de la culture urbaine. Graff, fresque sculptée, collage : les techniques se multiplient pour faire vibrer les briques et les pierres calcaires des chais.
En s’appropriant le langage du street art, les maisons de champagne champenoises touchent aussi un nouveau public, plus jeune, plus connecté, qui découvre parfois la région à travers une fresque photographiée sur les réseaux sociaux. Ces œuvres deviennent des repères visuels, des lieux de rendez-vous, voire des symboles d’un quartier ou d’une avenue. Elles témoignent également d’une forme d’ouverture : inviter un artiste à peindre sa vision du champagne sur la façade d’un bâtiment historique, c’est accepter le regard de l’autre sur son propre patrimoine.
Les œuvres monumentales de vhils pour taittinger à reims
Parmi les initiatives les plus marquantes, les interventions de l’artiste portugais Vhils pour la maison Taittinger à Reims ont fait date. Connu pour ses portraits sculptés à même les murs, réalisés par enlèvement de matière à l’aide de marteaux-piqueurs, d’explosifs ou d’outils de gravure, Vhils a transformé les façades de certains bâtiments en véritables bas-reliefs contemporains. Le procédé est presque archéologique : au lieu d’ajouter de la peinture, l’artiste enlève des couches d’enduit et de briques pour faire émerger des visages, des silhouettes ou des motifs inspirés de l’histoire locale.
Ces œuvres monumentales, visibles depuis l’espace public, créent un dialogue saisissant entre l’architecture traditionnelle champenoise et une esthétique résolument urbaine. À travers ses portraits, Vhils met souvent en lumière les hommes et les femmes qui font vivre les maisons de champagne – vignerons, cavistes, artisans – rendant hommage à ce patrimoine humain trop souvent invisible. Pour les visiteurs, ces façades sculptées deviennent des jalons dans la ville, incitant à la flânerie et à la découverte. Pour Taittinger, elles affirment une identité forte : celle d’une maison attachée à ses racines, mais tournée vers la création d’aujourd’hui.
Le projet pommery experiences et les artistes en résidence dans les caves
Le domaine Pommery, à Reims, a été l’un des pionniers dans l’intégration de l’art contemporain au cœur même de ses crayères, avec le projet Expérience Pommery. Chaque année depuis le début des années 2000, une exposition thématique est organisée dans les galeries souterraines, réunissant une sélection internationale d’artistes. Installations monumentales, œuvres lumineuses, sculptures sonores : les créations sont conçues spécifiquement pour dialoguer avec ces volumes impressionnants et cette atmosphère hors du temps. Descendre les 116 marches qui mènent aux caves, c’est un peu comme entrer dans un musée souterrain dédié autant au champagne qu’à l’art.
Au fil des éditions, près de 500 artistes ont ainsi investi les profondeurs du domaine, transformant Pommery en véritable place forte de l’art contemporain en Champagne. Des résidences d’artistes permettent parfois de prolonger ce dialogue, en offrant aux créateurs le temps de s’imprégner du lieu, de rencontrer les équipes, de comprendre le geste viticole. Pour le public, la visite est une expérience totale, où l’on passe d’une salle de vieillissement à une installation immersive, avant de remonter à la lumière pour une dégustation. N’est-ce pas là la meilleure illustration possible de cette rencontre entre champagne et art que nous évoquons depuis le début ?
Les commandes d’art urbain de G.H. mumm pour le grand cordon
La maison G.H. Mumm, connue pour son célèbre ruban rouge, a elle aussi choisi de tisser des liens avec l’art urbain à l’occasion du lancement de sa cuvée Grand Cordon. Pour incarner cette identité plus moderne et affirmée, Mumm a invité plusieurs artistes de street art à réinterpréter le symbole du cordon rouge dans l’espace public : fresques murales, installations éphémères, performances live lors d’événements. Ces interventions, souvent réalisées dans de grandes villes internationales, permettent au champagne champenois de sortir de ses terres pour aller à la rencontre de nouveaux publics.
Dans certaines opérations, les artistes ont également été invités à customiser des bouteilles ou des coffrets Grand Cordon, créant des séries limitées mêlant codes graphiques urbains et élégance champenoise. On assiste ainsi à une sorte de boucle vertueuse : l’identité visuelle du champagne inspire des œuvres dans la rue, qui à leur tour influencent les objets et supports de la maison. Pour le consommateur, ces projets rendent le discours de marque plus vivant, plus incarné, moins figé. Le champagne n’est plus seulement servi dans les salons feutrés : il s’affiche sur les murs, dans les friches culturelles, lors de festivals, au cœur de la création urbaine.
La valorisation œnotouristique par les expositions temporaires et galeries d’art intégrées
Face à un public en quête d’expériences uniques, l’œnotourisme en Champagne a connu une profonde mutation ces dernières années. Les simples visites de caves se transforment en véritables parcours culturels, où expositions temporaires, galeries d’art intégrées et collaborations avec des artistes locaux ou internationaux jouent un rôle de premier plan. Pour les maisons comme pour les vignerons indépendants, il ne s’agit plus seulement de faire découvrir des cuvées, mais de proposer un voyage sensible au cœur d’un terroir, d’une histoire et d’une scène créative en plein essor.
On voit ainsi fleurir, dans les villages et sur les coteaux, des initiatives qui mêlent art et nature : parcours d’œuvres dans les vignes, festivals de sculptures éphémères, expositions de photographie consacrées aux gestes du vignoble. À l’échelle des grandes maisons, des espaces d’exposition permanents ou semi-permanents sont intégrés aux circuits de visite, permettant de renouveler l’offre au fil des saisons. Le visiteur peut revenir d’une année sur l’autre et découvrir une nouvelle sélection d’artistes, un nouveau thème, une nouvelle scénographie, tout en retrouvant la constance et l’exigence des vins dégustés.
Pour les acteurs champenois, cette valorisation œnotouristique par l’art répond à plusieurs enjeux. Elle renforce l’attractivité d’une région déjà classée au patrimoine mondial de l’Unesco pour ses coteaux, maisons et caves. Elle crée des ponts entre la communauté artistique et le monde viticole, générant des collaborations, des résidences, des événements. Elle permet enfin de raconter autrement le champagne, non plus seulement à travers des discours techniques, mais par le prisme de l’émotion, de l’imaginaire, du sensible. En tant que visiteur, vous ne repartez plus seulement avec une bouteille sous le bras, mais avec des images, des sons, des rencontres qui prolongent longtemps l’expérience dans votre mémoire.